L'Europe à la carte
L'Europe à la carte, c'est
la position défendue depuis des années par Jean-Marie
Le Pen et le Front National.
Il s'agit ni plus
ni moins d'une renégociation des Traités européens
: prendre ce qui nous convient dans les Traités
et rejeter ce qui est contraire à nos intérêts
nationaux bien compris. Cette position caricaturée par
les médias est pourtant la position d'un certain nombre
de pays européens et encore récemment de I'Espagne
et de la Pologne.
Qu'on en juge.
En attendant une renégociation des Traités,
nous pouvons suivre l'exemple des Britanniques, des Danois,
des Suédois, des Irlandais (tous pays d'Europe du Nord)
qui ont exigé et obtenu des dérogations ou des
exceptions importantes aux Traités européens,
annexées dans des protocoles additionnels.
Grande-Bretagne
- Elle a refusé l'euro au moment de
la signature du Traité de Maastricht en 1992 ;
- Madame Thatcher a obtenu en 1984 au Sommet de Fontainebleau
une ristourne sur sa contribution au budget communautaire (on
lui rembourse les 2/3 de son solde net soit autour de 5 milliards
d'euros par an) ;
- Elle n'applique pas la Convention de Schengen et conserve
la maîtrise de ses politiques d'immigration, d'asile,
de visas, de libre-circulation des personnel ;
- Elle a refusé l'Europe de la défense dans le
Traité de Nice (coopérations renforcées).
Danemark
- Il a rejeté l'euro le 28 septembre
2000 par 53 % des voix ;
- A la suite du referendum négatif sur le Traité
de Maastricht en 1992, les Danois ont obtenu au Conseil européen
d'Edimbourg en décembre 1992 quatre dérogations
aux Traités sur la politique étrangère
et de sécurité commune (PESO), sur l'Union économique
et monétaire et la monnaie unique, sur la citoyenneté
européenne (en particulier le droit de vote et d'éligibilité
des citoyens étrangers vivant dans le pays aux élections
municipales et européennes) et la justice et les affaires
intérieures (politique d'immigration, visas, droit d'asile).
Suède
- Après avoir rejeté l'euro une
première fois, elle a, à nouveau, refusé
l'euro le 14 septembre 2003 par 56 % des voix.
Irlande
- Le 7 juin 2001, les Irlandais rejetaient
le Traité de Nice par référendum par 54
% des voix. Le Traité devant être adopté
à l'unanimité devenait caduc. Sur pression de
la Commission européenne, on a fait revoter l'Irlande
sur le Traité de Nice en lui garantissant son statut
de neutralité (non participation à une défense
européenne) et le maintien de ses aides régionales
(fonds structurels et fonds de cohésion) tout en la culpabilisant
sur les risques d'un retard de l'élargissement, en cas
de vote négatif. Le 19 octobre 2002, elle a voté
oui à 62 %.
L'Irlande, tout comme la Grande-Bretagne, n'applique pas la
Convention de Schengen et conserve la maîtrise de ses
politiques d'immigration, d'asile, de visas, de liberté
de circulation des personnes.
L'Espagne
Au Sommet de Nice, en décembre 2000,
l'Espagne s'est battue pour conserver l'unanimité jusqu'en
2013 pour l'attribution des fonds structurels dont elle est
la principale bénéficiaire.
Dernier exemple en date, lié à
l'élargissement de l'Union européenne à
10 nouveaux Etats-membres. Certains
pays de l'Europe des Quinze ont obtenu des dérogations
ou des clauses de sauvegarde dans le cadre de l'élargissement.
28 mesures transitoires ont été demandées
par les Etats-membres actuels. C'est par exemple, le cas de
l'Allemagne et de l'Autriche qui interdiront pendant 7 ans aux
ressortissants des pays de l'Est de venir travailler sur leur
territoire ; la Finlande appliquera cette mesure de sauvegarde
pendant deux ans. Les Pays-Bas envisagent également de
l'appliquer si la barre des 22 000 travailleurs est atteinte
en 2005. Finalement, tous les pays-membres de l'Union européenne,
sauf l'Irlande, imposeront des restrictions sur les conditions
dans lesquelles les citoyens des nouveaux Etats-membres pourront
venir travailler dans l'Europe des Quinze ou obtenir des aides
sociales.
A l'exception des clauses de sauvegarde adoptées
par les Quinze, il existe une clause économique générale
comprenant l'agriculture et deux clauses spécifiques,
l’une concernant le fonctionnement du marché intérieur
et l’autre couvrant la justice et les affaires intérieures
valables trois ans après l'élargissement.
Et la France ? La
France, à l'exception de l'élargissement aux pays
de l'Est, n'a pas demandé de clauses de sauvegarde ou
de dérogations particulières, ni sur Schengen,
ni sur l’euro, ni sur la citoyenneté européenne,
ni sur l'agriculture, ni sur les fonds structurels. On croirait
que tout va bien et que depuis le référendum de
1992 sur Maastricht, nos dirigeants politiques, qui veulent
être de "bons élèves" de l'Europe,
refusent de consulter les Français pour connaître
leur opinion sur l'Europe.
Ces élections de juin 2004 sont
justement l'occasion d'exprimer votre opinion. Ne la laissez
pas passer !