L'Europe et le monde rural
Quel bilan peut-on tirer de 40 ans
de politique agricole commune (PAC) au niveau national ?
Si nous sommes aujourd'hui autosuffisants et
même excédentaires dans la plupart des secteurs
agricoles (notre balance commerciale agro-alimentaire a été
excédentaire de 9 milliards d'euros en 2003) et que la
France reste la 1ère puissance agricole de l'Union européenne
avec 23 % des dépenses agricoles, c'est à quel
prix !
En 2000, la France ne comptait plus que 663
000 exploitations agricoles contre 1,3 million en 1979. En 2002,
la population active agricole n'était plus que de 916
000 personnes (agriculteurs exploitants et salariés agricoles)
travaillant à temps plein ou à temps partiel contre
1,870 million en 1980. Tant pour les exploitations que pour
les paysans, la baisse a été
de 50 % en 20 ans. Malheureusement, cela continue même
si le rythme n’est pas aussi soutenu. Les personnes travaillant
dans l'agriculture ne représentent plus que 4,3 % de
la population active.
En 2000, malgré de nombreux départs
en retraite, 37,7 % des exploitants agricoles avaient plus de
55 ans contre 9,9 % qui avaient moins de 35 ans. Pour survivre,
ils sont obligés d'emprunter ce qui explique leur fort
niveau d'endettement : 98 800 euros en 2001 soit 650 000 FF
par exploitation. Ayant travaillé toute une vie pour
un salaire médiocre (40 % des agriculteurs sont au SMIC
ou au-dessous), ils touchent en fin de vie des retraites de
misère qui sont un scandale pour tout gouvernement qui
se respecte.
Savez-vous que jusqu'à présent
un chef d'exploitation touchait le minimum vieillesse soit 3
654 FF par mois et son conjoint 2 901 FF par mois, moins que
le RMI ! Face à de telles injustices, le Front National
a réagi et fait un certain nombre de propositions.
A ce lourd bilan, s'ajoute l’action néfaste
et délibérée du Chef de l'Etat. En effet,
Jacques Chirac sacrifie aujourd'hui l’agriculture française.
En moins d'un an, il
a pris quatre décisions majeures qui risquent
de faire disparaître l'agriculture et par voie de conséquence
l’industrie agro-alimentaire française. C'est le
Zambeze avant la Correze, les banlieues avant les campagnes
! Les ruraux devront s'en souvenir avant d'aller voter le 13
juin 2004 !
- En octobre 2002, Chirac a accepté,
avec l'accord du chancelier allemand Schroder, de
plafonner les dépenses agricoles entre 2007 et
2013 au niveau de 2006 pour une Europe à 25 et non plus
à 15. Les 9,5 milliards d'euros que recevait la France,
principale bénéficiaire de la PAC, vont fondre
comme neige au soleil... Par exemple, en 2004, la Pologne va
recevoir 1,5 milliard d'euros pour les aides directes aux agriculteurs.
Il pénalise les agriculteurs français les plus
performants qui exportent sur les marchés mondiaux mais
il devient l'allié objectif des pires ennemis de la PAC,
les Américains et les grands exportateurs agricoles comme
l'Australie ou l'Argentine.
- En acceptant que le
Conseil des Ministres n’ait plus le dernier mot sur les
dépenses agricoles mais partage ce pouvoir avec
un Parlement européen anti-agricole, Chirac joue contre
son camp et porte un coup fatal aux intérêts agricoles
français.
- Enfin, en adoptant
la réforme de la PAC, en juin 2003, Chirac a accepté
le découplage des aides après 2006, c'est-à-dire
la suppression du lien entre le montant des aides directes et
le niveau de production, la baisse des aides directes pour financer
le développement rural en Europe de l'Est et le plafonnement
de ces mêmes aides par Etat membre.
En résumé,
les quatre fautes graves de Jacques Chirac vont conduire au
démantèlement de la PAC, à la fin des organisations
communes de marché et a une inévitable renationalisation
de la PAC. Quel gâchis pour ce qu'on appelait encore le
"pétrole vert" de la France.
A l'inverse, nous
proposons un certain nombre de mesures pour redynamiser le monde
rural en inversant la logique du "tout urbain"
et sauver l'agriculture française
- 1 - Affirmation
du principe de la préférence communautaire, principe
fondamental de la PAC, pour nos produits agricoles et de la
pêche ;
- 2 - Suppression
des droits de succession sur la transmission des entreprises
agricoles au sein de la famille et suppression de la taxe sur
le foncier non bâti )
- 3 - Parité
des retraites agricoles avec celles des autres professions et
retraites dignes pour le conjoint survivant ;
- 4 - Aide
massive à l'installation des jeunes agriculteurs, notamment
par une exonération totale des cotisations sociales sur
les cinq premières années ;
- 5 - Défense
de la souveraineté française en matière
de gestion de nos espaces ruraux, type Natura 2000, avec le
rôle central des agriculteurs, chasseurs et pêcheurs,
garants des équilibres naturels et de nos traditions
rurales ;
- 6 - Le
retour à de justes prix agricoles ne reposant plus sur
des aides aléatoires mais garantissant un revenu favorable
à la multifonctionnnalité .
- 7 - Développement
de nos labels de qualité (AOC ou "produits du terroir")
et de l'agriculture biologique non remis en cause à l'OMC
;
- 8 - Maintien
des services publics en milieu rural (écoles, Internet,
poste, gendarmerie...) et création d'équipements
collectifs intercommunaux...
- 9 - Création
de PME/PMI non polluantes bénéficiant d'avantages
fiscaux en cas de "délocalisation" en milieu
rural ;
- 10 -
Promouvoir l'industrie agro-alimentaire et les usages industriels
des produits agricoles : biocarburants, débouchés
pharmaceutiques.
- 11 -
Assurer notre indépendance et notre souveraineté
alimentaire par un plan oléoprotéagineux, en remettant
en cause l'accord de Blair House qui est devenu caduc ;
- 12 -
Dénonciation des accords de libre-échange signés
par la Commission européenne qui vont éliminer
nos propres productions agricoles en raison de la suppression
des droits de douane.
- 13 -
Soutien au moratoire sur les OGM réitéré
le 18 février 2004, malgré l'avis contraire de
la France, moratoire qui date de 1999 et qui doit permettre
de régler les problèmes non résolus comme
la contamination involontaire ou les importations en vrac.