L'Europe et l'emploi
Nous avons montré comment
l'Europe en voulant déréguler, libéraliser,
ouvrir les frontières s'opposait à l'emploi et à
la croissance (voir chapitre sur l'insécurité sociale).
"L'alchimie" européenne non seulement ne transforme
pas le plomb en or mais fait disparaître tous les secteurs
dont elle s'occupe : hier, charbonnages, sidérurgie, chantiers
navals, textile, agriculture, pêche ; aujourd'hui services
publics, hôpitaux ... L'Europe est un mélange de
juridisme bureaucratique et de philosophie ultra-libérale,
contraire à la conception économique et sociale
de la France.
La
politique de l'euro fort pratiquée par la Banque
Centrale Europeenne (BCE) a un effet négatif sur nos exportations
hors de la zone euro en raison du coût induit de nos emplois
et de nos produits. Nos entreprises désinvestissent en
Europe et préfèrent délocaliser pour maintenir
leurs bénéfices. En maintenant un taux d'intérêt
de 2 % , le double de celui de la réserve fédérale
américaine, la BCE joue contre l'emploi et la reprise économique.
Bien plus, le
pacte de stabilité et de croissance, conséquence
directe de l'euro, mis en place à la demande de l'Allemagne
en juin 1997 joue contre l’emploi avec sa règle unique
de déficit budgétaire limité à 3 %
du PIB (en 2003, la France aura eu un déficit budgétaire
de 4,1 % soit 57 milliards d'euros). En ne prenant en compte ni
l'inflation, ni l'endettement public, ni la contribution nette
au budget communautaire, on pénalise les pays comme la
France ou l'inflation est faible par rapport à l'Espagne
ou à l'Irlande et dont l'endettement est à la limite
autorisée de 60 % du PIB alors que l'Italie et la Belgique
dépassent sensiblement 100 % du PIB. Comme le dit fort
justement l'économiste Christian Saint Etienne : "le
couple franco-allemand apparaît comme la cause de tous les
déséquilibres parce que son déficit public
dépasse 3 % du PIB. En réalité, ces deux
pays sont les principaux contributeurs nets au budget européen,
le principal pôle de stabilité des prix internes
(inflation) et le principal soutien de la valeur externe de l'euro
(balance courante des paiements)". Le pacte est non seulement
"stupide" comme l'avait déclaré le Président
de la Commission européenne, Romano Prodi, qui poursuit
néanmoins devant la Cour de Justice de Luxembourg, la France
et l'Allemagne pour non respect des règles de ce même
pacte. Comprenne qui pourra ! Il est surtout dangereux pour la
croissance et l'emploi. En effet, les investissements productifs
(recherche, développement, innovation, santé, enseignement
supérieur...) alourdissant le déficit budgétaire
sont ou réduits ou abandonnés. En outre, la Commission
européenne ne devrait plus être le gardien de 1'orthodoxie
budgétaire (le déficit structure) de la France devra
être réduit de 0,7 % du PIB en 2004 et 0,5 % en 2005
pour revenir sous les 3 % en 2005).
Avec le système actuel,
la France est condamnée à
la rigueur jusqu'en 2007, c’est-à-dire à
une cure d'austérité budgétaire en raison
du pacte, à un chômage accru, à une croissance
moindre, à une baisse des salaires et à une augmentation
des impôts (notamment la CSG pour résorber le déficit
de la Sécurité sociale). Ce pacte "d'austérité
budgétaire" est un véritable carcan qui ne
fait pas la différence entre la dépense créatrice
d'emplois et la dépense de fonctionnement. En France, ceux
qui ont soutenu la création de l'euro, en font payer à
tous les Français les conséquences.
Dans un premier temps, il
faudrait le réformer en retirant les investissements publics
(défense, hôpitaux, transports, enseignement...)
qui servent la croissance et l'emploi du calcul du déficit
budgétaire et définir un pourcentage de 3, 4 ou
5 % sur un cycle économique complet (avec des périodes
de croissance et d'autres de récession) et non sur deux
années. Plutôt que d'en rester au déficit
budgétaire, le pacte devrait être orienté
vers la croissance et l’emploi en incluant par exemple les
efforts d'innovation, de productivité, de recherche. On
sortirait de la logique comptable de Bruxelles pour entrer dans
une logique économique, industrielle qui "collerait"
à la réalité économique et sociale.
L'exemple américain devrait nous ouvrir les yeux ; ils
ont un déficit budgétaire de plus de 5 % de leur
PIB ce qui ne les empêche pas d'avoir eu une croissance
de 3,1 % en 2003 (0,2% pour la France) et un chômage extrêmement
bas, autour de 6 % (9,7 % en France). Signalons au passage que
les pays européens qui n'ont pas adopté 1'euro se
portent mieux que les pays de la zone euro. Par exemple, la Grande-Bretagne
a un taux de chômage de 5 % et sa croissance a été
supérieure à 2 % en 2003 avec un déficit
budgétaire proche de 3 % du PIB.
Le centralisme bruxellois est
une réalité : Bruxelles et Francfort concentrent
entre leurs mains les pouvoirs économiques, de concurrence,
de change et budgétaire et ne laissent aux Etats qu'une
marge de manoeuvre insignifiante. Il est temps que cela change
sinon, non seulement nous allons
connaître la récession et la pauvreté
mais nos services publics, notre politique industrielle (énergie,
telecom, poste, transports) vont disparaître et, avec eux,
notre indépendance nationale et notre influence en Europe
et dans le monde.
Le défi à relever
est immense : la mondialisation, l'ouverture des frontières,
la suppression des barrières douanières et tarifaires
(alors que le salaire horaire moyen est de 30 centimes d'euros
en Chine et que chaque année l'Inde forme 270 000 ingénieurs
de haut niveau), les délocalisations. La
politique de Bruxelles d'ouverture des frontières est criminelle
: elle tue les emplois, hier dans l'industrie et l'agriculture,
aujourd'hui dans les services.
Le
Front National est le seul à s'attaquer aux tabous des
droits de douane et au dogme du libre-échangisme économique.
Sans le rétablissement de droits de douane, nos entreprises
ne pourront pas résister ; sans un certain protectionnisme,
nos emplois disparaîtront. C'est d'autant plus urgent que
la Commission de Bruxelles a signé des accords de libre-échange
avec le monde entier et que l'Europe est devenue un immense marché
où les droits de douane ne sont plus en moyenne que de
2,6 %. L'intérêt de la France et sa survie sont en
jeu. A vous de jouer.
Nos solutions pour l'emploi
au niveau européen
Assouplir
le pacte de stabilité et de croissance avant éventuellement
de le supprimer (y inclure les investissements publics productifs
et certains critères comme l’inflation, la dette
publique et la contribution nette au budget communautaire)
Rétablir
des droits de douane modulables et remboursables pour lutter
contre le dumping social, fiscal ou environnemental. En fonction
des pays et des produits, le taux perçu a l'entrée
de l'Union européenne varierait ; avec ce montant, une
ligne de crédit serait ouverte aux pays exportateurs afin
qu'ils nous achètent nos marchandises ou utilisent nos
services. Plus le pays nous exporte ses marchandises, plus son
crédit est important.
Défendre
les services publics afin qu'ils ne soient plus soumis
aux règles de concurrence et qu'ils puissent bénéficier
de subventions publiques afin de respecter les règles d'universalité
(le même service quel que soit le lieu), d'égalité
(le même prix pour une même prestation) et de qualité.
Appliquer
systématiquement les clauses de sauvegarde lorsque
le produit importé entraîne une concurrence déloyale
et perturbe le marché national (ces clauses sont provisoires
et liées à une situation particulière).
Supprimer
le monopole de la Commission européenne en matière
de concurrence (aide d'Etat, abus de position dominante, fusions-acquisitions...)
et de déficit budgétaire (recommandations, sanctions
financières, grandes orientations de politique économique,...)
Exiger
des entreprises françaises et étrangères
qui délocalisent le remboursement des aides ou avantages
fiscaux ou autres qu'elles ont reçus.
Entreprendre
une politique de grands travaux (réseaux transeuropéens
de transport et d'énergie) financés par la Banque
européenne d'investissement, le budget communautaire et
les Etats-membres en partenariat avec le privé. Développer
aussi des programmes de recherche (militaire et civile), d'innovation,
liés aux nouvelles technologies en dehors des institutions
communautaires comme ce fut le cas d'Airbus (EADS) ou d'Ariane,
des programmes militaires comme l'hélicoptère Tigre
du groupe Eurocopter ou l'A400M, le futur avion militaire de transport.
Rétablir
la préférence communautaire qui a été
de facto abrogée et qui était à la base du
marché commun avec le tarif extérieur commun et
la suppression des droits de douane intérieurs.